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Introduction: La manipulation de la médecine
En 1998, Alan I. Leshner, psychiatre et ancien directeur de l’Institut national américain de la toxicomanie a déclaré : « Personnellement, je pense qu’aujourd’hui, vous [médecins] devriez être emprisonnés si vous refusez de prescrire des ISRS [les nouveaux types d’anti-dépresseurs] pour traiter une dépression. Je crois aussi que d’ici cinq ans, vous mériterez d’être emprisonnés si vous ne donnez pas aux consommateurs de crack les médicaments sur lesquels nous travaillons actuellement. »
Au cours des 25 années que j’ai consacrées à promouvoir des réformes dans le domaine de la santé mentale, j’ai eu l’occasion de parler à des centaines de médecins et à des milliers de patients. J’ai aussi contribué à dénoncer les nombreuses violations des droits de l’homme commises en psychiatrie. Cependant, jusqu’à présent, je n’ai jamais pensé que la liberté même des médecins pouvait être en danger. Pour quelle raison devrait-on emprisonner un médecin refusant de prescrire un anti-dépresseur en cas de dépression ?
Nombre de praticiens reconnaissent un fait essentiel : de multiples problèmes physiques peuvent être à la source de troubles émotionnels et comportementaux. Il est donc impératif de rechercher les causes physiques en premier. Faute d’un tel examen, la prescription d’un antidépresseur pour pallier des symptômes émotionnels équivaut à donner une « rustine chimique », tout en laissant le patient avec une maladie physiologique susceptible d’empirer.
Que se passerait-il si un médecin quel qu’il soit diagnostiquait et guérissait une telle maladie physique et qu’ une dépression soit résolue par voie de conséquence, sans prise de psychotropes ? Pourrait-on l’accuser de manquement à l’éthique ? Pourrait-on le poursuivre et l’emprisonner pour « négligence médicale criminelle » du fait qu’il n’a pas prescrit d’anti-dépresseur ?
Cette question vous semble sans doute insensée. Une telle hypothèse ne pourrait devenir réalité. Souhaitons-le. Pourtant, il semble que nous en sommes arrivés au point où un bon médecin peut être accusé de manquement à l’éthique pour avoir justement pratiqué une médecine éthique. De nos jours, un médecin, spécialiste ou non, risque d’être critiqué, persécuté et traité comme un « marginal » pour sa pratique d’une médecine classique, efficace et fondée sur de vrais diagnostics.
Cette brochure s’adresse donc aux médecins. En particulier à ceux qui désirent exercer une médecine non psychiatrique, inspirée par des buts humanitaires dans la meilleure tradition d’Hippocrate. À ceux aussi qui veulent qu’on les laisse continuer à prendre soin de la santé de leurs patients au mieux de leurs compétences. Elle concerne les médecins qui s’inquiètent du fait que des millions d’enfants consomment des stimulants proches des amphétamines susceptibles de créer une accoutumance, pour un prétendu trouble mental : le Trouble d’hyperactivité et de déficit d’attention (THADA). Elle s’adresse aussi à quiconque trouve qu’il est un peu plus qu’étrange que des fonctionnaires menacent des parents de poursuites pour négligence criminelle lorsqu’ils refusent de droguer leurs enfants avec des stimulants ou des anti-dépresseurs, comme cela se produit actuellement.
Comment en est-on arrivé là ? Nous espérons que cette brochure aidera à répondre à cette question.
La pensée psychiatrique est omniprésente et transparaît aujourd’hui dans l’ensemble de la médecine générale. Ce phénomène est largement dû au « succès » du système de diagnostic psychiatrique basé sur l’utilisation du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV). Ce système (le DSM) ainsi que le CIM-10, (la section « troubles mentaux » de la Classification internationale des maladies, l’équivalent du DSM mais réalisé par l’OMS) ont été largement diffusés et sont devenus les ouvrages incontournables établissant les standards de la maladie mentale auxquels doivent se référer les médecins non psychiatres.
Mais il y a autre chose. Parmi les nombreuses pressions que subissent les médecins de nos jours, il en est une qui possède un caractère unique, subtilement teinté de malveillance. En effet, le système de diagnostic psychiatrique n’a pas été instauré dans un esprit de respect professionnel envers les traditions et les connaissances de la médecine générale et spécialisée. Il n’y a eu aucun préambule déclarant : « Nous respectons le caractère intime et la primauté de votre relation avec vos patients, ainsi que votre souhait de leur donner ce qu’il y a de mieux. Voici notre système de diagnostic. Veuillez y jeter un coup d’oeil et vous assurer tout d’abord que notre expérience nous a aiguillés sur le bon chemin. Nous vous saurions gré de nous faire part de toute remarque ou critique constructive. N’hésitez pas à faire appel à nous en cas de besoin. Nous sommes de tout coeur avec vous et nous partageons votre souci d’améliorer la santé des personnes. »
Au lieu de cela, le diagnostic fut établi de la sorte : « Cet enfant souffre de graves problèmes mentaux. Notre diagnostic d’expert est déjà posé. Il ne vous reste plus qu’à suivre à la lettre nos prescriptions médicamenteuses et à vous soumettre à notre supervision experte. » Autrement dit : « Vos patients semblent vous faire plus confiance qu’à nous. Voici donc comment vous devez diagnostiquer la maladie mentale dont ils souffrent indubitablement.»
On retrouve là le courant coercitif sous-jacent qui caractérise la psychiatrie depuis 200 ans, moment où elle a pris en charge la surveillance des asiles. Ce courant se manifeste de nombreuses façons et, partout où il se manifeste, il peut avoir un effet extrêmement destructif sur la certitude, la fierté, l’honneur, la motivation, l’initiative, l’intégrité, la tranquillité d’esprit, le bien-être et la santé mentale. Nous devons nous battre pour préserver ces qualités, dans l’intérêt des patients et dans l’intérêt de tous les médecins.
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